Extrait

Chapitre 1

1/ Un désir d’enfant incompris…

Certaines personnes ont une habitude, irrémédiable, incessante et très agaçante : sitôt que vous venez de vous marier, de construire une jolie maison ou d’emménager en couple, ils ne peuvent s’empêcher de vous demander :

— Alooooooooors, c’est pour quand le bébé ?

Le genre de phrase qui énerve tout le monde mais que tout le monde dit quand même, c’est étrange…

 

Lorsque, par chance, vous avez déjà un enfant, c’est un autre discours, tout aussi irritant que le premier, qui s’impose à vos oreilles :

— Aloooooooors, à quand le petit frère ou la petite sœur ?

— Mais je viens à peine d’accoucher !

— Oui, mais il vaut mieux éviter une trop grande différence d’âge entre les deux. Et puis, ton horloge biologique tourne, dépêche-toi, tu vois bien que tu n’es plus toute jeune…

 

Quand vous avez le courage de leur avouer que cela ne sera pas facile, car le premier a été conçu dans une éprouvette, certains ne trouvent rien de mieux que de répondre :

— Tu parles ! Nous aussi, on était comme vous, on a vraiment galéré pour le premier, on l’a attendu très longtemps, au moins huit mois, quoi ! Eh ben le deuxième, il est arrivé au premier cycle, on ne s’y attendait pas dis donc !

Ou encore :

— Oui, oh, ça ne veut rien dire, hein. Ça arrive très souvent qu’on galère pour le premier et que le second arrive comme ça, paf !

Oui, comme ça, paf… Et vous avez beau leur expliquer que vous êtes infertiles et que le bébé couette n’est pas possible pour vous, ils vous rassurent de la meilleure façon qui soit :

— Mais non, mais non, tu n’es pas stérile. Tu penseras à ce que je te dis quand tu te retrouveras en cloque à cause d’une « galipette-plaisir ». S’agit de pas y penser sans arrêt et puis voilà, c’est aussi facile que ça ! Souviens-toi bien de ce qu’il te dit le vieux Jojo !

Hum, merci du conseil.

 

L’infertilité est un tabou. C’est un fait avéré. Tout le monde vous le prouvera chaque jour, tout en affirmant le contraire. Souvent, les personnes à qui on en parle, dégoulinent de sympathie et de compassion puis s’empressent de fuir au plus vite, comme si l’infertilité était contagieuse…

La Procréation Médicalement Assistée, quant à elle, est aussi un sujet tabou, mais souvent mieux toléré. Les gens ont tendance à mettre dans le même sac les IAC, FIV et l’adoption. Peut-être doit-on remercier les Stars mondiales « fertiles » qui achètent de « pauvres petits malheureux ». Grâce à elles, notre destin de Pmettes est mieux accepté, à défaut d’être compris.

Lorsqu’un couple est en essai pour un premier enfant, et que les années défilent – laissant inchangée cette chambre d’ami pourtant censée être là pour accueillir sa progéniture – l’entourage peut tenter de faire l’effort d’imaginer la souffrance due à ce manque.

Mais s’ils sont déjà parents, il est absolument incompréhensible d’oser la moindre plainte, si petite soit-elle.

Des tas de familles vivent très heureux avec un seul petit, pourquoi ne le serions-nous pas ? Peut-être parce que ce n’est pas notre choix… C’est à ce moment que l’on doit s’armer de patience face aux inévitables :

— Tu as une chance ÉNORME d’avoir déjà UN enfant ! Tu te plains alors qu’il y a encore tant de femmes qui se battent pour n’en avoir, ne serait-ce qu’un seul !

— Mince, c’est vraiment pas de chance ce qui t’arrive quand même… Regarde ta victoire qui est en train de jouer, ça te consolera.

— Arrête de t’acharner ainsi ! Contente-toi de ce que tu as !

— Mais faut vraiment que tu arrêtes de penser à ça ! Maintenant que la machine (sous-entendu ton corps) sait comment on porte un bébé, ben n’y pense plus et tu verras que ça ne va pas tarder à fonctionner !

Et aux plus rares, mais effroyables, paroles « anti-PMA » :

— T’en n’as pas marre de creuser un peu plus le trou de la sécu avec tes traitements, tout ça pour un deuxième gosse ?

— Pourquoi vous n’adoptez pas plutôt que de faire ça, là ?

 

Ah oui, j’oubliais : surtout, ne faites pas trois enfants. Sinon, je vous certifie que l’on vous demandera à coup sûr quand vous allez vous arrêter de procréer… Les familles nombreuses, c’est démodé !

 

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